Clôture de BIODEV2030 : six années d’engagement pour intégrer la biodiversité au cœur des politiques et des secteurs économiques

Le 25 juin 2026, les partenaires de BIODEV2030 se sont réunis à Paris, dans les locaux de l’Agence française de développement (AFD), pour un événement de haut niveau consacré à l’héritage et à la clôture du projet. Sous le haut patronage du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Ambassadrice déléguée à l’environnement, Madame Barbara Pompili, cette journée a rassemblé les représentants gouvernementaux des 15 pays partenaires, les équipes de mise en œuvre, ainsi que de nombreux partenaires techniques et financiers engagés pour l’intégration de la biodiversité dans les politiques publiques et les modèles économiques.

Après deux phases de mise en œuvre, de 2020 à 2023 puis de 2023 à 2026, cet événement a constitué un temps de bilan, de partage d’expériences et de projection vers l’avenir. Il a permis de revenir sur les principaux résultats du projet, mais aussi de poser les bases d’une continuité : celle de la mise en œuvre des réformes identifiées, de la pérennisation des plateformes de dialogue multi-acteurs et de la mobilisation de financements en faveur de projets territoriaux conciliant production économique et préservation de la biodiversité.

Les parties prenantes du projet BIODEV2030 réunies pour l’évènement de clôture du 25 juin. (credit:IUCN)

 

« La biodiversité ne constitue pas un frein au développement ; elle en est la condition »

Depuis son lancement en 2020, BIODEV2030 s’est imposé comme une initiative pionnière pour accompagner les États dans l’intégration de la biodiversité au cœur des secteurs économiques les plus impactant (mainstreaming). En mobilisant ministères sectoriels, ministères, secteur privé, communautés locales, chercheurs et société civile, le projet a démontré qu’un dialogue structuré permet de construire des solutions partagées conciliant développement économique et préservation de la nature.

En ouverture, Madame Barbara Pompili a rappelé l’ambition fondatrice de BIODEV2030 : faire de la biodiversité un enjeu stratégique, et non plus périphérique, dans les politiques publiques et les modèles économiques.

« La France est fière d’avoir soutenu ce projet. BIODEV2030 a réuni entreprises, ONG, communautés locales, acteurs scientifiques et pouvoirs publics. Il démontre que la biodiversité ne constitue pas un frein au développement ; elle en est la condition. »

De gauche à droite : Madame l’Ambassadrice déléguée à l’environnement (Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères), Barbara Pompili ; Madame la Directrice Générale adjointe en charge des opérations (Expertise France), Cassilde Brenière et Madame la Directrice exécutive adjointe Solutions
Développement Durable (Agence Française de Développement), Marie Bjornson Langen, lors du discours d’ouverture de l’évènement de clôture BIODEV2030.

Aux côtés de l’AFD, représentée par Mme Marie Bjornson-Langen (Directrice exécutive adjointe Solutions Développement Durable), d’Expertise France, avec l’intervention de Mme Cassilde Brenière (Directrice Générale adjointe en charge des opérations), de l’UICN, représentée par un message vidéo de sa Directrice générale, Dr. Grethel Aguilar, et de WWF-France, représenté par Mr Yann Laurans (Directeur de Conservation), les partenaires du projet ont insisté sur la singularité de l’approche BIODEV2030. Celle-ci repose sur une conviction forte : l’intégration de la biodiversité dans les secteurs productifs ne peut se limiter à un cadre réglementaire descendant. Elle doit s’appuyer sur la co-construction, le dialogue entre acteurs économiques et publics, et l’identification de solutions adaptées aux réalités nationales et territoriales.

Six années d’actions et des résultats concrets

Mme Clémence Bourlet, Cheffe de projet BIODEV2030 à Expertise France, Mr Antonin Vergez et Mr Razingrim Ouedraogo coordinateurs de BIODEV2030 à l’UICN et Mme Camille Hosteint, coordinatrice de BIODEV2030 au WWF France, ont présenté le bilan et les nombreux résultats de ces deux phases du projet.

BIODEV2030 a permis de développer des outils, des méthodes et des dynamiques innovantes pour intégrer la biodiversité dans les secteurs économiques les plus impactants.

Parmi les principaux résultats présentés figurent :

  • La création de 15 plateformes nationales de dialogue multi-acteurs, dont plusieurs ont été institutionnalisées ;
  • L’identification de 45 instruments de politiques publiques sectorielles (IPPS) suggérant des réformes clés portés auprès des ministères concernés ;
  • Une centaine d’ateliers de dialogue organisés aux niveaux national et territorial ;
  • L’élaboration de nombreux engagements volontaires, analyses de politiques publiques et feuilles de route sectorielles ;
  • L’identification de 18 territoires pilotes et l’accompagnement de projets territoriaux concrets ;
  • Le développement d’outils innovants, tels que la méthode STAR, DPSIR ou encore la méthode des « Jeux Sérieux » pour la planification participative au Sénégal.

Le programme a également produit un important travail de capitalisation à travers 3 livrets thématiques, 6 fiches sectorielles, 18 fiches synthèses des projets pilotes, des publications scientifiques et des retours d’expérience destinés à être réutilisés au-delà de la durée du projet.

L’équipe de coordination du projet BIODEV2030 (de gauche à droite) : Clémence Bourlet, Cheffe de projet BIODEV2030 à Expertise France, Camille Hosteint, coordinatrice de BIODEV2030 au WWF France, Antonin Vergez et Razingrim Ouedraogo coordinateurs de BIODEV2030 à l’UICN.

Les pays partenaires témoignent : des avancées concrètes et des dynamiques durables

Les représentants des pays partenaires ont partagé, tout au long de la journée, les résultats concrets obtenus dans leurs contextes respectifs. Les témoignages du Gabon, du Bénin, de la Guinée, du Viet Nam, du Cameroun, du Guyana et du Suriname et de l’Éthiopie, notamment, ont illustré la diversité des enjeux traités par BIODEV2030.

Mr Nang Bibang, représentant du Ministère des Mines du Gabon, a souligné que le projet avait permis d’ouvrir un dialogue entre acteurs miniers, forestiers, politiques et économiques autour des pressions exercées sur la biodiversité, notamment par certaines pratiques minières artisanales et agricoles.

Mr Barnabé Sossa, représentant de la Direction Générale des Eaux, Forêts et Chasse du Bénin, est revenu sur l’appui de BIODEV2030 à la cartographie des acteurs, à la mise en place d’une plateforme multi-acteurs, à l’identification de territoires pilotes et à l’alimentation de la révision de la Stratégie et du Plan d’Action National pour la Biodiversité.

Mr Moussa Camara, représentant de la Fédération des Planteurs des Filières Fruits de la Basse Guinée, a présenté les travaux conduits en Guinée, qui ont contribué à structurer les discussions autour de trois chantiers prioritaires : l’agroécologie, la restauration des mangroves et l’application de la séquence éviter-réduire-compenser dans le secteur minier.

Mr Vu Thanh Nam, représentant du Département des forêts et de la protection des forêts du Ministère de l’Agriculture et de l’Environnement du Viet Nam, a mis en avant les enjeux liés aux plantations forestières et au renforcement des coopératives.

Mr André Claude Koung, représentant du Ministère de l’Agriculture et du Développement rural du Cameroun, a souligné la contribution du projet aux réflexions sur les filières cacao, palmier à huile et hévéa, ainsi qu’aux travaux liés à la SPANB III et à la pérennisation de cadres de concertation.

Mr Kaumara Wkajira Gemeda, représentant de la Wildlife Conservation Authority d’Éthiopie, a rappelé que BIODEV2030 avait facilité l’utilisation d’outils d’analyse scientifique pour mieux hiérarchiser les enjeux de biodiversité et porter les résultats auprès des décideurs.

Mr Arjune Zojindra, représentant du Fisheries Department du Ministry of Agriculture du Suriname, a présenté les travaux menés sur les défis liés à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, en associant les pêcheurs, les autorités sectorielles et les acteurs environnementaux à l’identification de solutions, notamment autour de moyens de subsistance alternatifs, au Suriname et au Guyana.

Au-delà des résultats techniques, plusieurs intervenants ont insisté sur un acquis moins visible mais essentiel : l’instauration d’une culture du dialogue en cassant les silos entre administrations, acteurs économiques et société civile, désormais considérée comme l’un des principaux héritages du projet.

Mr Parfait Nang Bibang, représentant du Ministère des Mines du Gabon ; Mr Barnabé Sossa, Point Focal UNCCD et représentant de la Direction Générale des Eaux, Forêts et Chasse du Bénin ; Mr Moussa Camara, président de la Fédération des Planteurs des Filières Fruits de la Basse Guinée ; Mr Vu Thanh Nam, représentant du Ministry of Agriculture and Environment, Département des forêts et de la protection des forêts du Vietnam.

BIODEV2030 : un appui direct aux SPANB et à la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité

Une séquence dédiée a permis de revenir sur la contribution de BIODEV2030 à la révision et à la mise en œuvre des Stratégies et Plans d’Action Nationaux pour la Biodiversité (SPANB). Les interventions de Mme Caroline Aguti Mugisha, représentante du Ministry of Energy and Mineral Development de l’Ouganda, Mr Mibambani Aimé Serge, Point focal national CDB (PFN CDB) du Gabon, Mr Augustin Orou Matilo, PFN CDB du Bénin, Mme Rantonirina Rakotoaridera, PFN CDB de Madagascar, et Mr Babacar Ngor Youm, PFN CDB adjoint au Ministère de l’Environnement et de la Transition Écologique du Sénégal ont montré comment les outils et résultats du projet ont pu alimenter les processus nationaux, en particulier sur les cibles du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal liées à l’intégration de la biodiversité dans les politiques publiques, aux pratiques productives durables, à l’engagement du secteur privé, aux incitations et au financement.

Mme Caroline Aguti Mugisha de l’Ouganda a notamment présenté les travaux conduits sur les secteurs de l’énergie biomasse et de l’agriculture, avec l’élaboration de policy briefs visant à accompagner la transition vers des pratiques plus durables. Mme Rantonirina Rakotoaridera de Madagascar a souligné la contribution de BIODEV2030 à la production de données et au renforcement de la compréhension du mainstreaming. Mr Babacar Ngor Youm du Sénégal  a présenté l’expérimentation d’une approche par les « jeux sérieux » pour accompagner l’actualisation de sa SPANB, favorisant l’identification collective d’actions prioritaires. Mr Roger Mpan, PFN CBD du Congo est, quant à lui, revenu sur la création d’un comité consultatif de la biodiversité et l’importance d’impliquer les peuples autochtones et les communautés locales (PACL) aux processus de révision de la SPANB.

Les échanges avec Mme Blanche Gomez, Senior technical advisor for francophone countries au sein du NBSAP Accelerator Partnership du PNUE, et Mr Marco Arlaud, Senior advisor Global Nature Finance au sein de BIOFIN/PNUD, ont également permis de mettre en perspective les résultats de BIODEV2030 avec les dispositifs internationaux d’appui à la mise en œuvre des SPANB. L’enjeu est désormais de transformer les livrables, les feuilles de route et les projets pilotes en initiatives finançables, en facilitant la mise en relation entre les besoins exprimés par les pays, les expertises disponibles et les partenaires techniques et financiers.

Passer des réformes aux investissements

La suite de la journée a été consacrée aux perspectives à moyen terme, avec un accent particulier sur la pérennisation des dynamiques engagées et la mobilisation des financements. Les intervenants de Madagascar, du Cameroun, de la Guinée et du Mozambique ont rappelé que la clôture de BIODEV2030 ne marque pas la fin du processus, mais une étape vers le passage à l’échelle.

Mr Randrenjavelo Tsiry, représentant du Ministère de la Pêche et de l’Économie Bleue de Madagascar, a évoqué les enjeux liés à la pêche crevettière dans la région Menabe, à la diffusion de bonnes pratiques et à la nécessité d’impliquer l’ensemble des parties prenantes, y compris les femmes, les personnes en situation de handicap et les acteurs industriels du secteur. Mr Guy Roland Olinga Ngono, représentant du Ministère de l’Environnement, de la protection de la nature et du développement durable du Cameroun, a souligné que le projet avait contribué à consolider une dynamique de dialogue multi-acteurs et à faire émerger des perspectives de pérennisation, notamment à travers les réflexions autour d’un comité national permanent sur la biodiversité et de stratégies sectorielles durables. Mr Aboubacar Samoura, PFN CDB au Ministère de l’Environnement et du Développement Durable de Guinée, a présenté l’héritage de BIODEV2030 comme une dynamique de confiance entre acteurs, à transformer désormais en investissements durables. Mme Sonia Ricardo Muando, représentante du Ministry of Agriculture, Environment and Fisheries du Mozambique, a mis en lien les résultats du projet avec les réformes des instruments de politiques publiques, les mécanismes fiscaux et les filières crevette, crabe, soja et canne à sucre. Mme Susana Lomani Waqainabete, représentante de l’UICN Océanie aux Fidji, a également contribué aux échanges sur les paiements pour services environnementaux et les mécanismes de financement des projets pilotes.

Les interventions de Mme Zenati Amira, représentante du Ministère des Finances de Tunisie, Mr Khopre Nordino Munapeia, représentant du Ministry of Finance du Mozambique, Mme Patriciah Roy Akullo, représentante du Ministry of Finance, Planning and Economic Development de l’Ouganda, et Mr Hillary Korir, représentant du National Treasury du Kenya, ont également montré l’importance croissante de l’intégration de la biodiversité dans les politiques budgétaires, fiscales et financières.

Les échanges ont porté sur la rationalisation des dépenses fiscales, les incitations à des pratiques productives plus durables, les obligations vertes, les banques d’investissement vertes, et les prêts concessionnels. Ces discussions ont souligné un point central : la biodiversité doit désormais être considérée comme un sujet de politique économique et financière à part entière.

Mme Marie-Cécile Thirion, Directrice adjointe Agriculture, Développement rural et Biodiversité à l’AFD, a rappelé l’importance de traduire les résultats de BIODEV2030 en actions concrètes dans chaque pays, qu’il s’agisse des IPPS ou des projets pilotes territoriaux. Elle a souligné la nécessité de poursuivre la co-construction avec les parties prenantes, tout en pensant dès à présent la durabilité des actions engagées. Dans un contexte marqué par la diminution des financements sous forme de subventiosn, elle a souligné l’importance de mobiliser de nouveaux leviers de financement, notamment les prêts souverains, les investisssments du secteur privé et les fondations philanthropiques.

Marie-Cécile Thirion, Directrice adjointe Agriculture, Développement rural et Biodiversité, AFD ; Zenati Amira, représentante du Ministère des Finances, Tunisie ; Khopre Nordino Munapeia, représentant du Ministry of Finance, Mozambique ; Patriciah Roy Akullo, représentante du Ministry of Finance Planning and Economic Development, Ouganda ; Hillary Korir, représentant du National Treasury, Kenya.

En route vers la COP17

La dernière séquence de la journée a permis d’inscrire les enseignements de BIODEV2030 dans les discussions internationales à venir, en particulier la COP17 de la Convention sur la diversité biologique, prévue en Arménie en octobre 2026. Mme Julie Hammer-Monart, représentante du Ministère de la Transition écologique, et Mme Laureen Calcat, représentante du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, ont présenté le Biodiversity Mainstreaming Champions Group, destiné à renforcer la communauté internationale engagée pour l’intégration de la biodiversité dans les secteurs économiques.

Les interventions de Mr Hatem Ben Belgacem, PFN CDB de Tunisie, et Mme Mayiani Saino, représentante du Ministry of Environment, Climate Change and Forestry du Kenya ont rappelé que BIODEV2030 constitue une expérience concrète et mobilisable pour nourrir les discussions internationales sur le mainstreaming, les réformes d’incitations, l’engagement du secteur privé et le financement de la biodiversité. À l’approche de la COP17, les résultats du projet offrent ainsi des exemples opérationnels de mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité, fondés sur le dialogue, la science, l’action publique et la mobilisation des acteurs économiques.

En clôture, Mr Mathieu Le Grix, Directeur Agriculture, Développement rural et Biodiversité à l’AFD, et Mr Nicolas Chenet, Directeur du Département Développement Durable d’Expertise France ont remercié l’ensemble des pays partenaires, des équipes nationales et des partenaires techniques pour leur engagement tout au long du projet. Les messages finaux ont insisté sur la nécessité de poursuivre les efforts engagés, de maintenir les plateformes de dialogue et de transformer les recommandations en politiques publiques, projets et financements concrets.

Au terme de cette journée, BIODEV2030 apparaît moins comme un projet qui s’achève que comme une dynamique à prolonger. Les résultats constituent une base solide pour continuer à intégrer la biodiversité dans les décisions économiques, accompagner les réformes sectorielles et soutenir les pays partenaires dans la mise en œuvre de leurs engagements nationaux et internationaux. À l’horizon 2030, l’enjeu est désormais de faire vivre cet héritage : passer des diagnostics aux investissements, des plateformes aux politiques publiques, et des projets pilotes à des transformations durables au bénéfice des populations et du vivant.

Parties prenantes de BIODEV2030 et participants à l’évènement de clôture. (Crédit IUCN).

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