Tunisie

DES PISTES D’ENGAGEMENT VOLONTAIRE APPROUVEES AU SEIN DE PLATEFORMES MULTI-ACTEURS, SUR BASE D’UN DIAGNOSTIC SCIENTIFIQUE

8%

Part du territoire tunisien affecté par un changement d’occupation du sol et par une artificialisation grandissante

Menaces secteurs

Source : Méthode STAR, IUCN, 2021

Développement résidentiel et commercial - travail et autres activités
Pollution - Effluents agricoles et forestiers
Agriculture : cultures non ligneuses annuelles et pérennes
Autres modifications des écosystèmes
Utilisation des ressources biologiques - chasse et piégeage des animaux terrestres

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Seul État d’Afrique du Nord au sein du projet BIODEV2030, la Tunisie dispose d’une riche biodiversité marine et terrestre. Avec une ouverture sur la Sahara et sa façade méditerranéenne, le pays se distingue par la diversité de ses paysages naturels, de ses écosystèmes et de ses habitats. Pas moins de 3 100 taxons de végétation sont recensés, dont 200 espèces endémiques communes avec les territoires régionaux. La Tunisie dispose de 7 écosystèmes majeurs qui se caractérisent par une diversité biologique riche comprenant plus de 7500 espèces, dont 3800 espèces de faune et de flore sauvages et 3700 espèces marines.

La Tunisie s’est dotée de 17 parcs nationaux, 27 réserves naturelles et 4 réserves de faune afin de protéger la biodiversité du pays.

La diversité biologique tunisienne se caractérise également par ses 42 zones humides d’importance internationale, classées par la Convention RAMSAR. Elles représentent 5,5% de la superficie totale du pays. Ces écosystèmes remplissent de nombreux services écosystémiques, notamment en gestion de l’eau :

    • Remplissage des nappes souterraines

    • Epuration et qualité de l’eau

    • Infiltration des sols

    • Lutte contre les crues et inondations

Cependant, depuis le XIXème siècle, la Tunisie est exposée à une forte anthropisation de ses milieux : une surexploitation des ressources, une faible réglementation des activités illégales et nuisibles, un manque de planification et de coordination pour la protection de la biodiversité. Cela conduit à des pertes considérables de richesse biologique (dessèchement des nappes souterraines, défrichement agricole, eutrophisation, etc.).

Accès à la fiche IBAT

En Tunisie, le dialogue multi-acteurs s’est traduit différemment selon les secteurs.

Pour le secteur des eaux minérales, les représentants des organisations publiques et entreprises privées se sont réunis lors de quatre ateliers de dialogue.

Les représentants du secteur de l’industrie extractive (entreprises et Chambre Nationale des Producteurs de Ciment) ont participé à deux ateliers de dialogue.

Pour le secteur bancaire, deux tables rondes ont été organisées, réunissant les banques et institutions financières, les représentants ministériels ainsi que les agences gouvernementales.

Un évènement de clôture et de signature des engagements volontaires réunissant les représentants des trois filières s’est tenu à la fin de la phase I.

Filières choisies et scénarios discutés

  • Les EV devront intervenir au niveau du système aquifère dans les gouvernorats suivants: la région de Kairouan, de Sidi Bouzid, du Kefet de Zaghouan.
  • Les entreprises des eaux minérales devront jouer un rôle de levier pour sensibiliser les acteurs et diffuser des bonnes pratiques.
  • La mise en place des EV pourrait être confrontée à des obstacles internes (coût lié aux intérêts bancaires, résistance au changement, manque de capital humain qualifié) et externes (concurrence pour les nappes phréatiques, limites administratives et législatives).
  • Les EV devront se concentrer sur la phase de production des ressources nécessaires à la fabrication du ciment.
  • Ils devront capitaliser sur les bonnes pratiques existantes, à savoir intégrer l’efficacité énergétique et les principes de l’économie circulaire, créer de la valeur dans les territoires et promouvoir l’innovation.
  • La mise en place des EV pourrait être confrontée à des obstacles internes (méconnaissance des enjeux et manque de capital humain) et externes (manque d’études, de suivi et de moyens).

La filière des eaux minérales impulsera des bonnes pratiques sur le territoire pour préserver l’intégrité des sites. Ces bonne pratiques interviendront plus spécifiquement au moment :

  • de l’embouteillage : évolution des matériaux utilisés, utilisation plus rationnelle des ressources en eau;
  • du transport : optimisation des déplacements, utilisation d’une flotte de véhicules aux normes internationales bien entretenue;
  • de la vente; et de la gestion du recyclage des bouteilles en plastique.

Un effort de sensibilisation sera également fait à tous les niveaux de la chaîne de valeur.

La Chambre Nationale des Producteurs de Ciment (CNPC) s’engage à :

  • promouvoir la prise en compte de la biodiversité dans : i) l’activité de l’extraction dans les carrières, ii) la diffusion des connaissances au niveau des zones d’exploitation et à proximité, iii) la restauration des écosystèmes et des paysages après l’exploitation des carrières ;
  • être à l’écoute et au partage avec les parties prenantes concernées par la biodiversité: cimenteries du secteur, tutelles, institutions d’appuis, collectivités locales, société civile ;
  • agir avec le WWF pour répondre aux objectifs de cet accord volontaire.

Le Conseil Bancaire et Financier a signé une charte par laquelle ses membres s’engagent à :

  • intégrer les critères environnementaux et en faveur de la biodiversité dans les décisions d’investissement et l’évaluation des risques;
  • promouvoir les bonnes pratiques et les instruments adéquats auprès de leurs institutions membres;
  • développer des investissements verts et écoresponsables et encourager le financement des activités économiques préservant le capital naturel ;
  • communiquer sur les progrès accomplis.

Le cadre mondial Kunming-Montréal

1/3 des besoins en eau potable de la population nationale

dépendent du bassin versant de la Medjerda (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, Analyse de la gouvernance de l’eau dans la basse vallée de la Medjerda, 2023)

Fiche pays IPPS

Après avoir appuyé les 15 pays dans l’identification des secteurs prioritaires, et facilité l’engagement des acteurs du privé en faveur de la biodiversité, BIODEV2030 s’appuiera sur la dynamique créée pour décliner les engagements volontaires à l’échelle d’un territoire pilote, et pour renforcer l’intégration de la biodiversité dans les politiques publiques sectorielles des pays.

Les secteurs ciblés pour la phase II sont la filière agro-industrielle et le secteur bancaire. Afin d’identifier les instruments de politiques publiques sectorielles (IPPS) les plus pertinents à créer, supprimer ou modifier, BIODEV2030 a sollicité le cabinet Altai Consulting. Cet appui entend ainsi contribuer à la mise en cohérence des politiques économiques, sectorielles (agriculture, mines, pêche, foresterie, etc.) et environnementales (notamment relatives à la biodiversité), aspect clé de l’approche mainstreaming. Cette intégration globale de la biodiversité permet d’éviter que les politiques économiques et sectorielles incitent les acteurs (producteurs) à adopter des pratiques productives néfastes pour la nature, entrant en contradiction avec les engagements biodiversité pris par un Etat.

Altai a ainsi développé des fiches dites « IPPS » pour chaque pays. La fiche Tunisie est disponible via le bouton ci-dessus.

 

Le premier atelier de dialogue national pour la phase II s’est tenu le 23 mai 2024. Il a réuni le Conseil Bancaire et Financier et le WWF-North Africa et a permis la signature d’une convention cadre triennale entre les deux entités. Cette collaboration vise à intégrer des pratiques financières durables et à réduire l’empreinte écologique des activités financières.

À travers ce partenariat, le CBF ambitionne de promouvoir l’intégration de la biodiversité et des critères environnementaux dans les décisions d’investissement, l’évaluation des risques, et la responsabilité environnementale des banques et établissements financiers membres du CBF. La signature de cette convention témoigne notre volonté de renforcer les actions en faveur de la biodiversité. Les Ministères de l’Environnement et de l’Agriculture ont été inclus dans cet atelier.

 

Concernant la filière agro-industrie, les ateliers nationaux ont validé la priorisation de deux IPPS – la révision de l’usage des intrants chimiques et la promotion des intrants biologiques, ainsi que le développement d’un référentiel national de financement favorable à la biodiversité. Ce référentiel constituerait une incitation fiscale pour promouvoir les activités économiques avec un impact positif sur la biodiversité.

 

Notes de concept

Dans le but d’accompagner les acteurs de territoires pilotes (privés, publics, OSC) à définir collectivement des actions pour réduire les pressions sur la biodiversité, des projets de transition vers des pratiques nature-positive, voire de solutions fondées sur la nature, seront développés sur la base des actions de changement  identifiées durant le dialogue multipartite, puis portés auprès de financeurs potentiels.

La vallée de la Medjerda a été ciblée pour le développement du projet pilote de territoire. Il vise à contribuer à la durabilité écologique et socio-économique de la Vallée de la Medjerda par une gestion intégrée de l’eau, l’adoption de pratiques agroécologiques labélisées, et la valorisation des initiatives locales, en poursuivant les objectifs suivants :

  1. Appuyer la gestion intégrée et participative des ressources naturelles face aux changements climatiques.
  2. Renforcer la résilience et la durabilité de l’activité agricole dans la moyenne vallée de la Medjerda par la diffusion et l’adoption de pratiques agroécologiques et notamment le biocontrôle.

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