La seizième Conférence des Parties (COP16) de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) s’est tenue à Cali, Colombie, du 21 octobre au 1er novembre 2024. Présidée par la Colombie sous l’égide de sa Ministre de l’Environnement, Mme. Susana Muhamad, elle a été la première COP organisée depuis la signature du Cadre Mondial pour la Biodiversité de Kunming-Montréal (KMGBF) à la COP15, et la plus grande COP biodiversité jamais organisée, avec plus de 20 000 personnes accréditées (selon Le Monde). Les enjeux globaux discutés ont principalement porté sur :
- Le financement de la biodiversité
- La mise à jour et l’évaluation du niveau d’ambition des stratégies nationales biodiversité (National Biodiversity Strategies and Action Plans – NBSAPs)
- Le mécanisme de mise en œuvre et de redevabilité
- Le partage des bénéfices liés à l’utilisation d’informations numériques sur les séquences génétiques (Digital Sequence Information – DSI)
La Colombie a également porté 5 thèmes spécifiques à sa présidence :
- La criminalité environnementale mettant en avant les liens entre déforestation et mines illégales
- L’inclusion des peuples autochtones, notamment des personnes d’ascendance africaine, et des communautés locales, et leur rôle clé pour la protection et l’utilisation durable de la biodiversité
- Un axe de « paix avec la nature », mis en avant dans le slogan de la COP16
- Les liens entre nature et climat
- Le financement conçu de façon large et pérenne en lien avec la renégociation de la dette des pays en développement.
En marge de ces 12 jours de négociation entre 170 délégations (source : ONU info), l’équipe de BIODEV2030 au complet s’est donnée rendez-vous, profitant de l’occasion pour promouvoir les objectifs de la Phase II auprès des délégations des 15 pays du projet, et pour renforcer ses capacités sur la facilitation du dialogue multi-acteurs, au cœur de la méthode BIODEV2030.
Ce rendez-vous international des acteurs de la biodiversité a également été l’opportunité pour les coordinateurs des 15 pays du projet de partager leurs expériences et bonnes pratiques, et travailler sur les défis à relever, tout en croisant les perspectives avec d’autres initiatives internationales mises en valeur notamment par les partenaires UICN et WWF.
La COP16 a été conclue par un side-event dédié, organisé sur le Pavillon de l’Union Européenne, portant sur la mobilisation des ressources pour le changement des pratiques productives.

Les Rendez-vous with Nature : mobiliser les Points Focaux Nationaux autour des objectifs de la Phase II de BIODEV2030 et permettre le partage d’expérience en marge des négociations
A travers une série de « Rendez-vous with Nature« , rencontres de haut niveau organisées quotidiennement sur le stand projet BIODEV2030, l’équipe a pu sensibiliser les Points Focaux Nationaux (PFN) CDB et les représentants de nombreux ministères aux enjeux de la Phase II, et renforcer les liens des coordinateurs nationaux UICN et WWF avec leur gouvernement national. L’équipe a ainsi pu rencontrer les Points Focaux et représentants des délégations de 10 pays BIODEV2030 : Bénin, Cameroun, Congo, Ethiopie, Gabon, Guyana, Kenya, Ouganda, Sénégal et Tunisie. Rassemblant les coordinateurs projet et les administrations pertinentes (Ministères de l’Environnement, de l’Economie, ou bien sectoriels), ces Rendez-vous ont été l’opportunité d’aborder les principaux défis pour la biodiversité dans ces pays, et d’identifier comment BIODEV2030 Phase II peut être le plus utile pour la mise en œuvre du KMGBF, selon les contextes nationaux. Les échanges ont également fourni de précieux éléments pour identifier les actions stratégiques à déployer pour réviser et/ou implémenter les nouveaux NBSAPs, en permettant aux coordinateurs pays BIODEV2030 de sensibiliser les PFN et leur délégation sur l’intégration sectorielle de la biodiversité et leur présenter les activités à venir aux niveaux national et territorial.
Parmi les enjeux abordés, les sujets suivants ont reçu une attention particulière :
- L’identification des territoires où seront développés les projets pilotes, avec pour objectif d’organiser avant fin 2025 un deuxième atelier de dialogue national visant à confirmer le territoire et la ou les filière(s) ciblé(e)s avec toutes les parties prenantes (représentants des ministères et du secteur privé concernés, société civile, etc.) ;
- Les principaux instruments de politique publique sectorielle à réformer ou créer pour renforcer l’alignement des cadres législatifs et réglementaires nationaux avec le KMGBF, et la contribution du dialogue initié par BIODEV2030 à ce sujet ;
- Les stratégies de mobilisation des Ministères sectoriels clés identifiés lors de la Phase I, et les leviers d’action pour renforcer les synergies avec des programmes existants, dans des contextes économiques tendus ;
- Le maintien du dialogue avec le secteur privé sur le long terme, et la nécessité de pérenniser les instances initiées par BIODEV2030 ;
- Les principaux défis pour la biodiversité et le développement économique, et les solutions existantes pour promouvoir des pratiques productives plus durables dans les secteurs d’activités menaçant la biodiversité (bois de chauffe, mines, agriculture vivrière et de rente, maraîchage, pisciculture, pêche, etc.).
Les Rendez-vous with Nature ont aussi facilité le partage d’expérience et de bonnes pratiques, avec des échanges croisés entre plusieurs pays.
La Tunisie et le Cameroun ont par exemple abordé les mécanismes décentralisés de gestion de la biodiversité, au sein de comités régionaux, et souligné la nécessité d’établir des instances BIODEV2030 au niveau supranational. Le Kenya et l’Ouganda ont quant à eux échangé sur la contribution du projet à l’élaboration des cibles de leur stratégie nationale biodiversité. Avec l’Ethiopie, ces 2 pays ont décidé de concentrer le projet pilote sur l’exploitation durable de bois de chauffe.
Pour tous les pays BIODEV2030, les résultats de l’étude commanditée auprès d’ALTAÏ sur les instruments de politiques publiques sectorielles à conduire au niveau national, seront bientôt partagés. Ceux-ci, basés sur les diagnostics scientifiques approfondis de la phase I, fourniront une solide base pour avancer sur l’identification des réformes pertinentes à mener pour réduire les pressions sur la biodiversité. Selon le contexte de chaque pays, la phase II de BIODEV2030 pourra ainsi contribuer à l’atteinte des cibles 10, 14, 15, 18 et 19 du KMGBF, en complémentarité avec d’autres actions structurantes comme le programme Early Action Support du Fonds pour l’Environnement Mondial (GEF). Ce programme fournit notamment des ressources techniques et financières aux gouvernements pour qu’ils évaluent et alignent leurs cadres réglementaires, leurs systèmes de suivi-évaluation et les outils financiers nécessaires à l’atteinte des objectifs du KMGBF.


La COP16, un moment clé pour rassembler l’équipe terrain et aller plus loin dans le renforcement des capacités
Projet multi-pays, BIODEV2030 a rarement l’opportunité de rassembler en personne son équipe en intégralité. Profitant de l’événement international et de la venue de nombreuses délégations, l’équipe BIODEV2030, constituée des 2 coordinateurs globaux WWF et IUCN, des coordinateurs nationaux des 15 pays, et de l’équipe projet d’Expertise France, s’est ainsi donnée rendez-vous à Cali pendant une semaine. Ces précieux moments ont permis d’approfondir les activités de renforcement des capacités coordonnées par Expertise France, avec le soutien du bureau d’études KINOME, qui accompagne le projet sur la thématique de facilitation du dialogue multi-acteurs.
Une formation de trois jours a ainsi été organisée, faisant suite à une première série de webinaires organisée durant l’été 2024, dont l’objectif était de présenter différentes techniques de facilitation du dialogue, ainsi que les notions de savoir-faire et de savoir-être liées à l’obtention d’un consensus éclairé. Ces compétences sont en effet clés pour parvenir à discuter de problèmes environnementaux complexes, liés à des implications socioéconomiques majeures, et aboutir à la fin de la Phase II à des scénarios de réformes de politique publique pouvant être portés à haut niveau.
La formation en présentiel a permis aux coordinateurs pays d’apprendre ensemble et de partager leurs expériences et défis dans l’organisation des ateliers de dialogue nationaux, en s’appuyant sur des études de cas concrètes et des exemples du terrain. Articulée autour de plusieurs temps forts en plénière et d’ateliers participatifs tels que le World Café ou la mise en situation réelle, la formation a aidé les coordinateurs à anticiper les sujets de tension qui se présenteront lors des ateliers de dialogue nationaux, en utilisant des méthodes reconnues de gestion des conflits, de priorisation des enjeux et de partage d’expérience.
La formation s’est particulièrement concentrée sur :
- la posture de facilitateur et les clés du leadership éthique pour booster le potentiel de communication ;
- les outils d’intelligence collective pour modérer et guider le dialogue dans le cadre des réformes de politiques publiques sectorielles conciliant biodiversité et développement économique ;
- les outils de diagnostic permettant de préparer le dialogue, comme la cartographie des parties prenantes, l’outil PARDI (Problème, Acteurs, Ressources, Dynamiques, Interactions) et l’approche systémique pour guider les changements de pratiques productives.

Ces modules ont été complétés par une session du jeu sérieux Planet C-Play Again? animée par LEAF Inspiring Change et KINOME, qui se déroule à moitié en ligne et sur un plateau.
Ce jeu permet de mobiliser l’intelligence collective pour la transition écologique, autour d’une problématique concrète alliant gestion durable des ressources naturelles, développement humain et conservation. Sous forme d’un atelier interactif et dans des conditions se rapprochant du réel, les participants apprennent ensemble à élaborer des scénarios pour parvenir à des solutions bénéfiques pour tous. Appliqué aux problématiques de BIODEV2030, le jeu sérieux met en lumière les avantages du dialogue et de la négociation pour gérer durablement des ressources naturelles, et pour atteindre des compromis. Planet C mobilise également la science en invitant les participants à s’adapter à des variables peu connues dans des temps limités et à mesurer les impacts de leurs décisions.
Ce type de jeu a déjà été utilisé dans le cadre de BIODEV2030, notamment pour la facilitation des ateliers de dialogue multi-acteurs au niveau territorial, dans la région de Thiès au Sénégal. S’il est prévu que le Sénégal approfondisse cette méthode de travail durant la phase II, d’autres pays ont nouvellement manifesté leur intérêt pour organiser un jeu sérieux similaire afin de préparer les ateliers de dialogue, en mettant autour de la table les acteurs stratégiques dans leur pays.

Organisation du jeu sérieux Planet C-Play Again par KINOME et LEAF Inspiring Change
Clap de fin de la COP16 : vers la mobilisation des ressources pour le financement de la biodiversité, un enjeu partagé par les pays en développement
Alors que les négociations sur la mobilisation du financement de la biodiversité battaient leur plein, BIODEV2030 a de son côté clôturé la COP16 avec la tenue de son side-event, vendredi 1er novembre, intitulé : « Comment BIODEV2030 peut permettre la mobilisation de ressources dans les pays en développement, en soutenant des changements de politiques publiques clés ? ». Un sujet ancré dans l’actualité des enjeux discutés entre négociateurs, et central pour la phase II du projet. Celle-ci vise notamment à :
- Identifier les instruments de politique publique sectorielle permettant de réduire les pressions sur la biodiversité
- Permettre aux acteurs territoriaux de coconstruire des projets pilotes permettant de réduire les pressions sur la biodiversité, et de les porter devant les acteurs financiers (banques multilatérales/bilatérales de développement ou acteurs privés) intéressés pour soutenir le changement de pratiques productives.
Pour discuter de ce sujet au cœur des enjeux de la COP16, le panel a rassemblé plusieurs experts :
- M. Ali Ben Temessek, Point Focal National Tunisie de la CDB
- Mme. Camille Hosteint, coordinatrice BIODEV2030 pour le WWF
- Mme. Caroline Aguti, Responsable de la santé, de la sécurité et de l’environnement au Ministère de l’Energie et du Développement minéral d’Ouganda
- M. Frédéric Castell, Expert senior mainstreaming biodiversité à la Food and Agriculture Organization (FAO)
- Mme. Ximena Guzman, Chargée environnement & développement rural à l’agence AFD de Colombie

Comme l’a rappelé Ximena Guzman de l’agence AFD de Colombie, « BIODEV2030 reflète l’ambition française de porter à 1 milliard d’euros l’investissement pour la biodiversité ». L’investissement initial pour le projet devrait permettre de générer un effet levier, en permettant aux projets pilotes et aux réformes clés identifiées de trouver leur chemin vers des bailleurs. Il s’agit pour les pays BIODEV2030 d’identifier dès à présent les stratégies de financement de la biodiversité relatives à leur pays, et les outils financiers pertinents au regard des filières et des territoires sélectionnés.
Afin d’illustrer les types de politiques publiques qui pourraient être financés, Camille Hosteint du WWF a présenté les premiers résultats de l’étude ALTAÏ, en prenant l’exemple de la pêche crevettière à Madagascar, et les différentes catégories d’instruments identifiées (sectoriels, commerciaux et fiscaux) selon leurs relatifs niveaux de sensibilité à la biodiversité. Les solutions promues par l’étude incluent la réforme d’instruments existants, leur mise en application et leur contrôle, ou bien l’introduction de nouveaux instruments. Ces scénarios seront à adapter par les parties prenantes lors des prochains ateliers de dialogue nationaux, en impliquant nécessairement les ministères sectoriels concernés.
En miroir, Caroline Aguti, du Ministère de l’Energie et du Développement minéral, a témoigné des dynamiques et défis inhérents à la filière bois de chauffe en Ouganda, sur laquelle la phase II de BIODEV2030 se concentrera, et des cibles de conservation introduites dans les stratégies nationales énergique et relative à la biomasse. Elle a rappelé la nécessité d’impliquer le secteur privé et les acteurs financiers dans la dissémination de nouvelles pratiques plus durables et des technologies permettant l’exploitation de sources alternatives d’énergie.
Le side-event a été l’occasion de croiser les perspectives avec le projet pilote développé par la FAO depuis 2021 portant sur l’intégration de la biodiversité dans le secteur agricole. Frédéric Castell, expert à la FAO, a ainsi pu présenter les activités déployées pour la mise en œuvre de la cible 10 du KMGBF, portant sur la durabilité des systèmes de production, et les synergies avec BIODEV2030 : soutien aux pays sur les NBSAPs et l’intégration sectorielle de la biodiversité à travers des politiques et pratiques agricoles durables. Parmi les besoins prioritaires identifiés pour Madagascar et l’Ouganda apparait l’investissement dans la transformation des systèmes agroalimentaires, la mise en place d’incitations fiscales, et le partage de bonnes pratiques.
Pionnier du mainstreaming de la biodiversité, BIODEV2030 a pu ainsi partager ses principaux résultats et disséminer sa méthode, tout en faisant le lien avec plusieurs autres initiatives au périmètre géographique similaire. Portant ses ambitions jusqu’en 2026 à minima, BIODEV2030 sera à nouveau présent aux grands rendez-vous internationaux sur la biodiversité, comme à l’UNOC (United Nations Ocean Conference) et au Congrès Mondial de la Nature de l’IUCN en 2025.
D’ici là, les activités projet continuent, avec l’organisation des 2èmes ateliers de dialogue nationaux, voire territoriaux pour certains pays, et la poursuite des activités de formation dispensée par Expertise France, notamment sur le volet mobilisation des ressources, en lien avec plusieurs bailleurs.

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