Concevoir, formuler et adopter des engagements sectoriels volontaires

Un engagement volontaire est un accord par lequel une ou plusieurs parties prenantes s’engagent à mobiliser et à mettre en place une série d’actions prospectives et stratégiques, partagées et fondées sur la science, qui entraîneront un changement positif et mesurable de la santé de la biodiversité.

Pourquoi?

Renforcer les policy mix nationaux pour la conservation de la biodiversité

Quoi ?

Un engagement moral, rendu public et accompagné d’un plan d’action explicitant sa mise en œuvre

Par qui ?  

L’ensemble des acteurs légitimes (privé, public, OSC) d’un secteur économique aux différents niveaux territoriaux

Comment ?

De manière explicite : l’engagement volontaire doit être concret, ciblé, réalisable et réplicable

BIODEV2030 vise à favoriser l’émergence d’engagements volontaires (EV) de la part des acteurs sectoriels dans 16 pays pilotes. Ces EV contribueront à un Cadre Mondial pour la Biodiversité de l’Après-2020 porté par l’ensemble de la société et faisant écho non seulement à la mobilisation des Etats mais aussi des acteurs économiques et de la société civile en faveur de la biodiversité.

Le partage des connaissances et des attentes de tous les acteurs ainsi qu’un processus de négociation inclusif et transparent sont les prérequis à la formulation et l’adoption de ces engagements sectoriels volontaires.

La méthode BIODEV2030 pour aboutir
à des engagements volontaires

La méthodologie proposée par BIODEV2030 s’appuie sur 2 phases pour stimuler la formulation d’engagements volontaires concrets et donc efficaces

  1. l’information et le diagnostic pour une prise de conscience des besoins de changements en lien avec la dégradation des ressources naturelles, et l’identification des secteurs économiques clefs sur lesquels agir en priorité,
  2. la mise en place de plateformes multi-acteurs pour catalyser un dialogue entre les acteurs pertinents et ainsi co-construire des engagements volontaires sectoriels.

C’est sur la bonne compréhension des résultats du diagnostic, sur l’association des acteurs pertinents tout au long du processus et sur la reconnaissance de la pluralité des intérêts et des valeurs que se construisent les engagements volontaires.

Nos recommandations pour la conception
d’un engagement volontaire

L’engagement volontaire doit :

penser l’ampleur du changement attendu

sur la biodiversité (via des indicateurs) dès sa conception.

être lié aux chaînes de valeur

avec des acteurs identifiés et un environnement favorable défini.

S’ancrer dans les réglementations nationales

l’engagement volontaire sera renforcé s’il est relié aux SPANBs, NDCs et aux accords internationaux

s’inscrire dans une trajectoire à long terme

avec des indicateurs et des objectifs SMART (spécifiques, mesurables, atteignables, pertinents, temporellement définis).

être accompagné d’un plan d’action

et de mise en œuvre détaillé (cible & rôles des acteurs).

inclure un système de suivi et d’évaluation

piloté à l’échelle du territoire concerné. Il permettra de réviser les objectifs et les moyens à disposition en fonction des résultats, de comparer des changements de pratiques et de mesurer l’incidence sur l’état de la biodiversité.

L’engagement volontaire sera renforcé s’il est accompagné d’actions complémentaires (moyens techniques, moyens financiers ou humains, incitations de l’Etat, moyens dédiés à la coordination entre acteurs, promotion des acteurs engagés…)  qui pourraient permettre ou accélérer le changement attendu. Pour cela il doit :

  • expliciter le rôle de l’Etat, des ONG et/ou des acteurs financiers impliqués,
  • indiquer les actions dont le succès dépend d’une approche collaborative entre plusieurs acteurs,
  • ne pas soumettre l’engagement des acteurs sectoriels à la mise en œuvre de conditions habilitantes.

L’engagement volontaire sera légitimé s’il est co-construit par l’ensemble des acteurs pertinents sur le sujet, dans le secteur ou dans la région, en s’appuyant sur les leaders d’opinions qui ont une capacité d’entraînement.

Une fois l’engagement volontaire signé par les parties prenantes, il sera important de le valoriser grâce à une communication positive sur les efforts et les engagements des acteurs.

Du 20 au 25 janvier, l’équipe BIODEV2030 s’est réunie pour un atelier de travail sur les étapes préalables à l’accompagnement des acteurs pour la conception et la négociation d’engagements volontaires sectoriels concrets. Cet atelier était composé de quatre modules portant à la fois sur le contenu des EV et sur la stratégie d’engagement des acteurs.

Mêlant apports théoriques, réflexions en groupes et intervention d’expert-es,  l’atelier a permis d’aboutir à une feuille de route à partir de laquelle les participants pourront poursuivre les réflexions de l’atelier afin de les traduire et les adapter dans leur plan de travail à l’échelle nationale.

En s’appuyant sur l’analyse de la filière coton au Burkina Faso, les participants ont caractérisé les éléments clés attendus dans le cadre des diagnostics des secteurs. Ce cas pratique a permis d’identifier six points d’attention pour établir le lien entre filière, changement et acteurs clés:

  1. inclure une analyse complète, critique et quantifiée des chaînes de valeurs ;
  2. identifier les changements clés nécessaires à chaque étape de la chaîne de valeur ;
  3. identifier les acteurs-clés du changement, qui le produisent ou l’influencent ;
  4. exposer les bonnes pratiques et celles qui sont réplicables ;
  5. analyser les coûts des mesures de changement et présenter des modèles de comportement de la filière si elles sont mises en place ;
  6. ne pas oublier les acteurs du secteur artisanal.

Ce module a permis de partager une définition commune et de préciser les contours des engagements volontaires sectoriels. Devant la diversité d’EV possibles selon les échelles et les acteurs, les participants ont convenu de l’importance de spécifier suffisamment l’EV pour qu’il puisse faire l’objet d’indicateurs cibles et d’un protocole de suivi-évaluation. De même, la nécessité d’ancrer les EV dans les stratégies et plans d’actions nationaux et internationaux (NBSAPs, NDCs…) ainsi que le besoin de les accompagner par des actions complémentaires, a fait consensus chez les participants.  Cependant cet ancrage dans des approches réglementaires ne doit pas se faire au détriment de l’écoute et la prise en considération des propositions des acteurs sectoriels.

En session de groupes, les participants ont continué leur analyse des acteurs (gouvernements et autorités locales, secteur privé, organisations de la société civile) en termes d’intérêts, de motivations et de contraintes. Cette étape est un préalable indispensable pour préparer les étapes de mobilisation et de négociation.
Dans une seconde partie, quatre expert-es ont témoigné sur deux processus de négociations menés 1)  dans la filière aluminium et 2) dans la filière crevettière mis en perspective par le témoignage de l’intérêt croissant des bailleurs pour les investissements durables et les aspects de démarcation des filières proposant ce type d’engagements.

L’échange, nourri des témoignages lors du module 3, a permis de revenir sur la mobilisation des parties prenantes : les participants ont réitéré le rôle central du point focal CDB pour les mobiliser. Ils ont également noté l’importance de ne pas chercher à convaincre les parties prenantes lors des négociations mais de se mettre à leur écoute afin d’élaborer des EV qui fassent consensus.
Par ailleurs, les retours d’expérience du Sénégal et du Kenya ont été l’occasion d’échanger sur les approches intersectorielles et paysagères dans le projet BIODEV2030. Si l’échelle locale ou régionale offre parfois un point d’entrée privilégié pour mobiliser les parties prenantes, la liaison avec l’administration centrale doit être assurée à chaque étape du projet.

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